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Image de la préface

Ce que j’écris ici est une intention. Peut-être un avant-propos. Autre chose ? Un point de départ peut-être. Ou une présence qui cherche encore sa place. Je veux parler de persona. De présence. De voix sur Internet. Pas une identité stable. Pas une vérité. Quelque chose qui se construit. Qui se rejoue. Qui apparaît, disparaît, revient. Je suis une présence sur Internet. Comme tout le monde, aujourd’hui, est ou a été une présence. Je m’identifie en tant que femme. Alors je me tourne vers des récits féminins. Mais je ne suis pas seule. Je pense aussi à mes pairs. Aux personnes queer. À celles et ceux qui écrivent, postent, performent, sans toujours savoir ce que cela produit. Mon envie de faire cette recherche part aussi d’une colère. Une colère dirigée vers le male gaze. Je savais le nommer. Je savais le reconnaître. Mais je ne savais pas encore quoi en faire. Puis j’ai lu Azélie Fayolle. J’ai lu des fragments, des tentatives pour le subvertir. Alors la question s’est déplacée. Pas seulement comprendre. Mais comment faire avec. Comment faire contre. Les personas que je cherche ne sont pas neutres. Je les cherche parce que, d’une manière ou d’une autre, elles sont dans ma team. Sur Internet pour emmerder les hommes. Pas frontalement. Pas toujours. Mais en occupant l’espace. En parlant. En se montrant autrement. Le male gaze ne disparaît pas. Il structure déjà les images. Il précède les regards. Alors il faut faire avec ce qui est là. Déplacer. Rejouer. Détourner. Le female gaze, tel que le décrit Iris Brey, ne consiste pas à inverser le regard. Il fonctionne autrement. Il ne cherche pas seulement à représenter. Il s’ancre dans une expérience. Une expérience intime, singulière, mais partageable. Voir depuis quelque part. Écrire depuis un corps. Faire apparaître ce qui était déjà là, mais jamais montré ainsi. Les personas participent de ce mouvement. Elles ne sont pas seulement des masques. Elles sont des formes. Des surfaces. Des manières d’habiter l’image. Avatar, pseudo, profil. Des mots d’Internet. Mais aussi des outils. Pour apparaître autrement. Dans Hello Chaos, a Love Story, Charlie Engman écrit à propos de Hello Kitty. Il parle d’elle comme d’une présence. Kitty was falling in love. Elle existe. Elle ressent. Elle traverse des situations. Elle devient quelqu’un. Puis elle devient aussi un produit. In desperation, Kitty teleported herself into a pair of off-brand boxers. Même là, Mickey est encore là. Impossible de sortir complètement. Ce passage me reste. Parce qu’il dit quelque chose de ce qui se joue ici. Construire une présence. La voir circuler. Et constater qu’elle est déjà prise dans des systèmes plus larges. Le persona n’est pas en dehors. Il est dedans. Ce mémoire part de là. De cette tension. Entre présence et construction. Entre intime et circulation. Entre tentative de déplacement du regard et structures qui persistent.

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