Cette année, les filles construisent leur propre ordinateur.
La phrase pourrait sembler anecdotique. Jâai mĂȘme pensĂ© que câĂ©tait une trend TikTok.
Peu importe si câest le cas, le mouvement raconte tout de mĂȘme quelque chose.
Depuis le dĂ©but de cette recherche, je mâintĂ©resse Ă la maniĂšre dont les femmes fabriquent leur prĂ©sence dans des espaces numĂ©riques qui ne sont pas neutres. Aux images quâelles produisent, aux personnages quâelles inventent, aux codes quâelles reprennent. Aux moyens quâelles trouvent pour prendre une place dans des espaces pensĂ©s par dâautres.
Dans les annĂ©es 1990 et 2000, les femmes investissent Internet de diffĂ©rentes maniĂšres. Les camgirls, les blogueuses, les utilisatrices de MySpace ou de Skyblog y dĂ©veloppent des formes de prĂ©sence, des rĂ©cits intimes et des esthĂ©tiques propres. Elles sâapproprient un espace largement conçu et dĂ©veloppĂ© par des hommes, et inventent leurs propres maniĂšres de lâhabiter.
Elles habitent lâinterface.
Mais qui fabrique cette interface ? Qui dĂ©cide de son fonctionnement, de ses possibilitĂ©s, de ce que lâon peut y faire ou non ?
Quarante ans aprĂšs Neuromancien de William Gibson, un autre mouvement Ă©merge. En 1984, le roman imagine le cyberdeck comme un dispositif permettant dâaccĂ©der au cyberespace. Longtemps restĂ© dans le domaine de la science-fiction, le terme dĂ©signe aujourdâhui des ordinateurs assemblĂ©s Ă partir de composants rĂ©cupĂ©rĂ©s ou dĂ©tournĂ©s.
En 2026, des vidĂ©os de jeunes femmes fabriquant leurs propres cyberdecks circulent massivement sur TikTok et dâautres rĂ©seaux sociaux. Certaines de ces vidĂ©os cumulent plusieurs millions de vues. Ce qui relevait auparavant de communautĂ©s de passionnĂ©s de hardware devient un objet de curiositĂ©, de crĂ©ation et de transmission, portĂ© notamment par des crĂ©atrices qui documentent leurs expĂ©rimentations.
Un cyberdeck est un ordinateur construit Ă partir dâĂ©lĂ©ments relativement simples : un Raspberry Pi, un petit Ă©cran, un clavier compact, une batterie rĂ©cupĂ©rĂ©e, parfois une vieille coque dâappareil photo ou une boĂźte transformĂ©e en boĂźtier. Selon sa configuration, il peut servir dâoutil de traitement de texte, de liseuse, de lecteur MP3, de terminal informatique ou dâespace de stockage. Certaines machines sont conçues pour fonctionner avec des fichiers enregistrĂ©s localement, dâautres se connectent Ă des serveurs ou Ă des rĂ©seaux. Les possibilitĂ©s dĂ©pendent de ce que chacune dĂ©cide dâen faire.
Bye Spotify.
Bye to my Kindle.
Bye bye iCloud đ
Câest un nouveau moyen dâutiliser la technologie, créé par soi-mĂȘme.
Ce qui mâintĂ©resse dans ce mouvement dĂ©passe la prouesse technique. Les cyberdecks que je rencontre sur les rĂ©seaux ressemblent Ă des coquillages, Ă des sacs Ă main, Ă des objets trouvĂ©s dans une brocante. Ils sont parfois assemblĂ©s Ă partir de piĂšces anciennes, de composants rĂ©cupĂ©rĂ©s ou de matĂ©riaux dĂ©tournĂ©s. Lâobjet ne se limite plus Ă sa fonction informatique : son apparence, ses matĂ©riaux et sa maniĂšre dâĂȘtre manipulĂ© participent aussi Ă ce quâil est.
LâesthĂ©tique de ces objets est trĂšs crafty. LâĂ©tui est personnalisable et semble parfois guĂ©rir lâenfant intĂ©rieur de certaines personnes. Je pense Ă un cyberdeck construit dans un Ă©tui qui ressemble Ă un gadget des Totally Spies, ou encore Ă un vieux jouet. Il y a quelque chose de rĂ©jouissant dans le fait de donner une fonction informatique Ă des objets qui appartiennent Ă un imaginaire enfantin, dĂ©coratif ou domestique. La machine peut ĂȘtre mignonne, kitsch, rose, couverte de perles. Elle peut ressembler Ă un coquillage Ă©chouĂ© sur une plage ou Ă un accessoire sorti dâun dessin animĂ©.
All cool girls are building cyberdecks.
Des perles, des coquilles, des rubans, des piĂšces imprimĂ©es en 3D ou des composants rĂ©cupĂ©rĂ©s cohabitent avec des cartes Ă©lectroniques et des circuits. LâesthĂ©tique cyberpunk traditionnelle, souvent associĂ©e Ă des univers sombres, industriels, militaires ou utilitaires, se transforme en une pratique plus sensible, plus dĂ©corative, parfois ouvertement kitsch. Ces objets nâessaient pas nĂ©cessairement de ressembler Ă des machines professionnelles. Ils peuvent exposer leurs cĂąbles, leurs soudures, leurs imperfections. Ils nâont pas besoin de dissimuler leur fabrication pour fonctionner.
Cette transformation esthĂ©tique nâest pas anodine. Les objets technologiques que nous utilisons quotidiennement sont souvent conçus pour ĂȘtre lisses, compacts et difficiles Ă ouvrir. Leur apparence suggĂšre que la technologie doit ĂȘtre discrĂšte, efficace, presque invisible. Les cyberdecks prennent le chemin inverse. Ils rendent visibles leurs composants et leurs assemblages, tout en laissant une place importante Ă la dĂ©coration et Ă la personnalisation. Ils ne cherchent pas uniquement Ă faire fonctionner un ordinateur : ils proposent une autre maniĂšre de lâimaginer.
La technique devient aussi une matiĂšre Ă travailler, Ă dĂ©corer, Ă sâapproprier.
Cette association entre bricolage, esthĂ©tique et informatique permet de dĂ©placer les frontiĂšres entre des pratiques qui ont longtemps Ă©tĂ© sĂ©parĂ©es. LâĂ©lectronique est gĂ©nĂ©ralement associĂ©e Ă la prĂ©cision technique, tandis que les perles, les rubans, le textile ou la dĂ©coration sont plus volontiers renvoyĂ©s Ă des activitĂ©s artisanales ou domestiques. Les cyberdecks font cohabiter ces gestes dans un mĂȘme objet. Le circuit imprimĂ© et le ruban ne sâopposent plus : ils participent ensemble Ă sa fabrication.
Dans Cyberfeminism Index, Mindy Seu rappelle que le cyberfĂ©minisme sâest progressivement dĂ©placĂ© de lâexploration des possibilitĂ©s dâĂ©mancipation du cyberespace vers la transmission des savoirs en matiĂšre de logiciels, de matĂ©riel informatique et de technologies du vivant. Le cyberfĂ©minisme ne concerne donc pas seulement la maniĂšre dont les femmes se reprĂ©sentent dans les espaces numĂ©riques. Il engage aussi la question de leur accĂšs aux outils, de leur capacitĂ© Ă les comprendre et Ă les transformer.
Cette histoire permet de replacer les cyberdecks dans une continuitĂ©. Bien avant leur popularisation sur TikTok, des collectifs fĂ©ministes cherchaient dĂ©jĂ Ă rendre la technique accessible Ă celles qui en Ă©taient Ă©loignĂ©es. Dans le Cyberfeminism Index, Mindy Seu recense notamment des initiatives consacrĂ©es Ă la littĂ©ratie technique des femmes, Ă lâapprentissage du hardware et au partage de compĂ©tences. Lâune dâelles, Do It Yourself: A Practical Independence Course for Women, organisĂ©e Ă Saint-PĂ©tersbourg au dĂ©but des annĂ©es 2000, proposait des cours de sertissage de cĂąbles, de dĂ©montage et de remontage dâordinateurs, mais aussi de rĂ©paration dâappareils domestiques. Les enseignantes Ă©taient toutes des femmes.
Le rapprochement avec les cyberdecks est frappant. Dans les deux cas, il sâagit de rendre accessibles des savoirs que lâon peut croire rĂ©servĂ©s aux spĂ©cialistes. Le matĂ©riel informatique cesse dâĂȘtre une boĂźte noire que lâon utilise sans en connaĂźtre le fonctionnement. On apprend Ă lâouvrir, Ă en reconnaĂźtre les Ă©lĂ©ments, Ă les assembler et Ă les rĂ©parer.
Le mouvement actuel est portĂ© par des profils variĂ©s. Certaines crĂ©atrices dĂ©couvrent le hardware en construisant leur premier cyberdeck. Dâautres possĂšdent dĂ©jĂ des connaissances en Ă©lectronique, en informatique ou en fabrication numĂ©rique. Ce qui importe, câest que ces savoirs ne restent pas confinĂ©s Ă un groupe dâexpertes : ils circulent entre les participantes, les dĂ©butantes et les personnes qui souhaitent se lancer. Lâexpertise ne disparaĂźt pas, mais elle change de rĂŽle. Elle devient une ressource que lâon peut transmettre.
Le mouvement est également porté par une communauté trÚs active qui documente ses pratiques. Les tutoriels se multiplient sur TikTok, YouTube et les blogs. On y montre comment choisir les composants, démonter une ancienne machine, souder, coder, assembler. On partage les références des piÚces, les étapes de fabrication, les erreurs rencontrées et les solutions trouvées. Certaines créatrices organisent aussi des workshops dans des écoles, des universités ou des espaces indépendants, pour transmettre directement ces savoirs
Letâs build my own now.
It will be the secret place of my writings.
Cette maniĂšre de documenter la fabrication me semble importante. Le savoir technique devient quelque chose que lâon peut regarder, reproduire, apprendre. Il nâest plus nĂ©cessaire de tout savoir sur le fonctionnement dâun ordinateur pour commencer Ă en construire un. La personne qui regarde peut se dire : elle lâa fait, je peux peut-ĂȘtre le faire aussi.
How to build a cyberdeck w/ 0 coding knowledge.
Cette phrase est rĂ©vĂ©latrice. Elle sâadresse Ă celles et ceux qui pourraient se sentir exclus de la technique avant mĂȘme dâavoir essayĂ©. Le tutoriel ne suppose pas que son public possĂšde dĂ©jĂ les connaissances nĂ©cessaires. Il propose un point de dĂ©part. Il rend visible un processus qui, autrement, pourrait sembler inaccessible.
Le hardware reste un milieu marquĂ© par une forte prĂ©sence masculine, et cette reprĂ©sentation a des effets concrets. Quand on nâa jamais appris Ă manipuler des composants, Ă souder ou Ă dĂ©monter une machine, il peut ĂȘtre intimidant de se lancer. La technique apparaĂźt alors comme un domaine dans lequel il faudrait dĂ©jĂ savoir pour avoir le droit dâessayer. Les tutoriels et les Ă©changes entre crĂ©atrices contribuent Ă dĂ©placer cette frontiĂšre. Ils montrent quâil existe plusieurs maniĂšres dâapprendre, que lâon peut commencer sans tout maĂźtriser et que lâerreur fait partie du processus.
Il y a quelque chose de profondĂ©ment collectif dans cette maniĂšre de fabriquer. Lâobjet est personnel, parfois mĂȘme trĂšs intime, mais le savoir qui permet de le construire circule librement. Chacune peut reprendre le projet dâune autre, le modifier, faire ses propres erreurs et, Ă son tour, documenter ce quâelle a appris. La machine est singuliĂšre, mais les connaissances qui la rendent possible sont partagĂ©es.
Dans son introduction Ă Cyberfeminism Index, Mindy Seu Ă©voque aussi lâimportance de la collecte et de la collaboration dans les pratiques cyberfĂ©ministes. Elle sâappuie notamment sur la Carrier Bag Theory of Fiction dâUrsula K. Le Guin, qui propose de penser lâhistoire de la technique Ă partir du panier et du geste de collecte plutĂŽt quâĂ partir de la lance et de la figure du chasseur. Ce dĂ©placement remplace le hĂ©ros solitaire par une pratique collective : rassembler, transmettre, relier.
Cette idĂ©e me semble particuliĂšrement proche des cyberdecks. Il ne sâagit pas nĂ©cessairement de concevoir une technologie entiĂšrement nouvelle, ni de faire la dĂ©monstration dâune supĂ©rioritĂ© technique. Il sâagit de rassembler des Ă©lĂ©ments existants, de rĂ©cupĂ©rer des piĂšces, de reprendre des connaissances dĂ©jĂ partagĂ©es et de les combiner autrement. Le geste crĂ©atif se situe dans lâassemblage autant que dans lâinvention.
La portĂ©e politique de cette pratique rĂ©side peut-ĂȘtre lĂ .
Construire son propre ordinateur, câest aussi choisir son rapport Ă la technologie. Une partie des cyberdecks est conçue pour fonctionner avec des contenus enregistrĂ©s localement : des livres, des musiques, des textes, des cartes ou des fichiers qui restent accessibles sans connexion permanente Ă une plateforme. Dâautres permettent de se connecter Ă des serveurs personnels ou Ă des rĂ©seaux locaux. Ces configurations ouvrent des possibilitĂ©s diffĂ©rentes, mais elles ont en commun de rendre certaines dĂ©cisions plus visibles : ce que lâon stocke, les logiciels que lâon utilise, les services auxquels on se connecte et la maniĂšre dont on organise ses donnĂ©es.
Lâautonomie ne signifie pas nĂ©cessairement se passer dâInternet. Elle peut commencer par la possibilitĂ© de conserver ses fichiers, de comprendre les outils que lâon utilise ou de ne pas dĂ©pendre entiĂšrement dâun service extĂ©rieur pour accĂ©der Ă ses propres contenus.
DerriĂšre le dĂ©sir de fabriquer son propre ordinateur se dessine aussi une inquiĂ©tude : que se passe-t-il si les services auxquels nous confions nos donnĂ©es disparaissent, deviennent payants, cessent de fonctionner ou dĂ©cident de limiter notre accĂšs ? Les cyberdecks peuvent ĂȘtre imaginĂ©s comme des outils pour un monde oĂč la technologie habituelle ne serait plus disponible, ou dans lequel les grandes plateformes ne constitueraient plus le passage obligĂ© vers nos propres fichiers. Cette anticipation nâest pas toujours formulĂ©e comme un programme politique. Elle peut aussi prendre la forme dâun jeu, dâune expĂ©rience ou dâune envie de retrouver un rapport plus direct aux objets que lâon utilise.
I am ready for the apocalypse.
La formule est presque une plaisanterie. Pourtant, elle rĂ©vĂšle quelque chose de cette envie de prĂ©paration et dâindĂ©pendance. Fabriquer une machine qui contient ses propres outils, ses propres textes ou ses propres ressources, câest imaginer la possibilitĂ© de continuer Ă faire certaines choses mĂȘme lorsque les infrastructures habituelles ne sont plus accessibles. Câest une maniĂšre de reprendre une part de contrĂŽle sur son environnement technique.
Cette autonomie reste relative. Un cyberdeck dĂ©pend toujours de composants fabriquĂ©s par des entreprises, de ressources matĂ©rielles, de logiciels et parfois de services commerciaux. Certains intĂšgrent mĂȘme des outils dâintelligence artificielle ou se connectent aux plateformes dont ils semblent vouloir sâĂ©manciper. Il ne sâagit donc pas dâune sortie totale du systĂšme, mais dâune tentative de dĂ©placer la relation que lâon entretient avec lui.
Cette contradiction ne me semble pas affaiblir le mouvement. Elle rappelle que toute appropriation sâeffectue depuis lâintĂ©rieur mĂȘme des systĂšmes que lâon cherche Ă transformer.
Le cyberfĂ©minisme permet de donner une portĂ©e plus large Ă cette question. Il ne sâagit pas seulement de rendre les technologies accessibles aux femmes, mais aussi de se demander qui les conçoit, qui peut les modifier et quelles formes de pouvoir elles reproduisent. Dans Cyberfeminism Index, plusieurs initiatives dĂ©crites par Mindy Seu associent prĂ©cisĂ©ment lâapprentissage technique Ă la crĂ©ation dâespaces collectifs oĂč les femmes et les personnes marginalisĂ©es peuvent expĂ©rimenter, Ă©changer leurs connaissances et dĂ©velopper leurs propres outils.
Le problĂšme nâest donc pas uniquement de parvenir Ă utiliser une technologie. Il est aussi de pouvoir participer Ă sa fabrication.
Câest ici que le rapprochement avec les premiĂšres femmes qui ont investi Internet prend tout son sens. Les camgirls, les blogueuses et les utilisatrices des premiĂšres plateformes ont cherchĂ© Ă trouver une place dans des espaces dont elles ne dĂ©finissaient pas les rĂšgles. Elles ont appris Ă habiter ces interfaces, Ă en dĂ©tourner les formats, Ă y construire des rĂ©cits et des identitĂ©s.
Les crĂ©atrices de cyberdecks poursuivent une partie de ce mouvement, mais Ă un autre niveau. Elles ne se contentent pas de produire des images ou des contenus Ă lâintĂ©rieur dâoutils existants. Elles interviennent sur lâobjet matĂ©riel qui leur permet de les produire. Elles touchent aux composants, aux circuits, aux logiciels, aux boĂźtiers. Elles deviennent capables de fabriquer une partie de leurs propres outils numĂ©riques.
La diffĂ©rence est importante. Elle ne signifie pas que les premiĂšres formes dâappropriation seraient dĂ©passĂ©es, ni que les cyberdecks permettraient Ă eux seuls de sâĂ©manciper des grandes entreprises technologiques. Elle montre plutĂŽt que la question de lâautonomie se dĂ©place. AprĂšs avoir appris Ă prendre la parole dans des espaces numĂ©riques, il devient possible dâinterroger les conditions matĂ©rielles de cette parole.
Ce qui me touche enfin dans les cyberdecks, câest leur dimension profondĂ©ment amateure. On apprend en fabriquant. On rĂ©cupĂšre des piĂšces. On fait des erreurs. Lâobjet reste imparfait, parfois maladroit, souvent unique. Il peut ĂȘtre difficile Ă rĂ©parer, moins performant quâun ordinateur classique ou simplement Ă©trange Ă utiliser. Mais il rĂ©pond Ă un besoin singulier, Ă une envie de fabriquer quelque chose qui nâexistait pas exactement sous cette forme.
Il nâest pas nĂ©cessairement pensĂ© pour sĂ©duire un marchĂ© ou rĂ©pondre Ă une logique dâoptimisation. Il peut ĂȘtre conçu pour Ă©crire, Ă©couter de la musique, conserver des archives ou simplement pour le plaisir de construire une machine. Sa valeur ne se mesure pas uniquement Ă ses performances : elle tient aussi Ă ce quâil permet dâapprendre, Ă la relation que lâon dĂ©veloppe avec lui et Ă la communautĂ© qui rend sa fabrication possible.
Cette esthĂ©tique du bricolage rejoint directement ma pratique de designer graphique. Elle rappelle que produire une image ou un objet peut aussi consister Ă rejouer des formes existantes, Ă travailler avec lâimparfait, le rĂ©cupĂ©rĂ©, le dĂ©jĂ -lĂ , pour fabriquer des espaces dâexpression plus personnels. Le geste de crĂ©ation ne passe pas toujours par lâinvention dâune forme entiĂšrement nouvelle. Il peut rĂ©sider dans la maniĂšre de choisir, dâassembler, de dĂ©tourner et de donner une autre fonction Ă ce qui existe dĂ©jĂ .
LĂ oĂč les premiĂšres femmes sur Internet se sont appropriĂ© des espaces numĂ©riques pour y faire entendre leurs rĂ©cits, les crĂ©atrices de cyberdecks semblent aujourdâhui franchir une Ă©tape supplĂ©mentaire.
Elles ne se contentent plus dâhabiter les interfaces
Elles commencent Ă les construire.
Go girls.