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e-story par adlixies
🧘DNSEP 2027 manifesting🧘
14.09.26
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WHISPERING PINES🐬−
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WHISPERING PINES🐬  

Whispering Pines occupait dĂ©jĂ  une place importante dans mes questionnements. Depuis 2002, Shana Moulton dĂ©veloppe Whispering Pines, une sĂ©rie vidĂ©o centrĂ©e sur Cynthia, son alter ego, qu’elle interprĂšte elle-mĂȘme. Épisode aprĂšs Ă©pisode, on suit Cynthia dans son quotidien, ses inquiĂ©tudes, ses obsessions et ses tentatives pour aller mieux. Sa maison devient peu Ă  peu un espace oĂč le quotidien et le fantastique se mĂ©langent.

Cette Ɠuvre capte mon attention depuis quelques annĂ©es, sans que les raisons de cet intĂ©rĂȘt ne soient encore clairement identifiĂ©es. Son univers, peuplĂ© de dauphins en porcelaine, d’objets dĂ©coratifs, de couleurs pastel et de rituels de bien-ĂȘtre, faisait Ă©cho Ă  des prĂ©occupations dĂ©jĂ  prĂ©sentes dans ma pratique. Une attirance pour les objets kitsch, les formes populaires, les images jugĂ©es de mauvais goĂ»t ou trop sentimentales, qui permettent souvent de dĂ©placer un regard ou d’aborder autrement des sujets plus profonds.

Au travers d’une intuition, le personnage principal de la sĂ©rie Whispering Pines, Cynthia, m’a semblĂ© ĂȘtre une bonne piste pour cette recherche. Cynthia est plongĂ©e dans un dĂ©cor domestique rempli d’objets dĂ©coratifs, de rĂ©fĂ©rences au bien-ĂȘtre et d’élĂ©ments Ă©tranges qui semblent tout droit sortir de son imaginaire. Les objets qui l’entourent, la maniĂšre dont elle met en scĂšne son quotidien et tente de rĂ©parer un mal-ĂȘtre Ă  travers des pratiques de consommation ou de dĂ©veloppement personnel semblaient dĂ©jĂ  porter quelque chose d’essentiel.

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Puis mes questionnements se sont progressivement dĂ©placĂ©s vers la prĂ©sence fĂ©minine sur Internet et la crĂ©ation d’un alter ego. Ce n’est qu’au cours de cette Ă©volution que le rapprochement s’est imposĂ©.

Cynthia, tu n’es pas un personnage de fiction mais un alter ego.

Moulton explique elle-mĂȘme que Cynthia Ă©volue avec ses propres Ă©tats d’esprit. Elle la dĂ©crit comme une sĂ©rie de « states of mind », plutĂŽt que comme un personnage complĂštement dĂ©fini. Elle utilise cette figure pour partir de ce qu’elle connaĂźt le mieux : elle-mĂȘme. Cynthia lui permet alors de mettre Ă  distance certaines expĂ©riences tout en continuant Ă  les traverser. Dans un entretien publiĂ© par sa galerie CrĂšvecoeur en 2012, elle explique que Cynthia est nĂ©e de ses propres rĂ©flexions sur le corps, l’anxiĂ©tĂ©, la douleur et ce qu’elle fait lorsqu’elle se retrouve seule chez elle. Elle prĂ©cise Ă©galement que le personnage n’a pas de biographie vĂ©ritablement dĂ©finie et qu’il constitue une combinaison d’elle-mĂȘme et de membres de sa famille.

Elle construit sa prĂ©sence Ă  travers des objets, des rituels, une esthĂ©tique et un rĂ©cit qui prolongent la pratique de l’artiste autant qu’ils la mettent Ă  distance.
Cynthia permet aussi de dĂ©placer la question de l’intime vers celle du travail. DerriĂšre ce personnage, il y a une artiste qui Ă©crit, interprĂšte, filme et construit un univers qui se dĂ©veloppe depuis plus de vingt ans. Whispering Pines n’est donc pas seulement une succession d’apparitions de Cynthia : c’est une Ɠuvre d’auteur, produite, exposĂ©e et diffusĂ©e dans diffĂ©rents contextes artistiques. Le personnage devient ainsi une forme de travail, une figure que Moulton peut faire Ă©voluer d’un Ă©pisode Ă  l’autre et qui s’inscrit dans la durĂ©e de sa pratique.

Cette dimension Ă©conomique m’intĂ©resse parce qu’elle rapproche la performance de soi d’une question trĂšs concrĂšte : que se passe-t-il lorsque ce qui relĂšve de l’intime devient aussi une matiĂšre de travail ? Cynthia est inspirĂ©e de Moulton, de ses Ă©tats d’esprit et de ses expĂ©riences, mais ces Ă©lĂ©ments sont transformĂ©s en images, en performances et en Ɠuvres. Le vĂ©cu personnel devient alors une matiĂšre artistique qui peut circuler, ĂȘtre exposĂ©e et trouver une valeur dans le monde de l’art.

La place de Whispering Pines apparaĂźt alors autrement. L’oeuvre ne constitue pas un dĂ©tour ou une rĂ©fĂ©rence pĂ©riphĂ©rique, mais un point de convergence oĂč se rencontrent plusieurs notions Ă  dĂ©velopper :

la fabrication d’un personnage,

la performance de soi,

le récit intime,

le consumérisme affectif,

le kitsch.

L’alter ego transforme ici une expĂ©rience singuliĂšre en une rĂ©flexion plus collective.

???

Loin d’adopter une posture de simple satire, l’artiste construit un personnage profondĂ©ment ambivalent. Cynthia apparaĂźt Ă  la fois attachante et maladroite, consciente et naĂŻve, enfermĂ©e dans des logiques consumĂ©ristes tout en cherchant sincĂšrement Ă  apaiser son mal-ĂȘtre.

Cette ambivalence se construit aussi par la mise en scĂšne. Dans l’épisode 3, les premiĂšres secondes ne montrent pas Cynthia, mais une paire de dauphins en porcelaine aux reflets irisĂ©s, devant lesquels apparaĂźt progressivement le titre. Une musique douce, proche des effets sonores des dessins animĂ©s, accompagne cette apparition. Les objets occupent ainsi le premier plan avant mĂȘme que le personnage ne soit rĂ©vĂ©lĂ©. Lorsque le cadre s’élargit, Cynthia apparaĂźt dans un intĂ©rieur saturĂ© d’objets.

Une composition frontale, une lumiĂšre directe et des ombres marquĂ©es sur un mur rose mettent en Ă©vidence les formes et les matiĂšres du dĂ©cor. Ces paramĂštres donnent une apparence théùtrale et artificielle Ă  l'Ɠuvre. La faible dĂ©finition de l’image, rappelle l’esthĂ©tique de la vidĂ©o amateur.

Les objets qui l’entourent, comme des bibelots,

des attrape-rĂȘves,

des cristaux,

des dauphins en porcelaine,

des accessoires thérapeutiques,

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Ces objets participent Ă  la construction de son univers visuel et renvoient notamment Ă  un imaginaire New Age, dans lequel la spiritualitĂ© et les pratiques de dĂ©veloppement personnel sont associĂ©es Ă  une recherche d’épanouissement et d’authenticitĂ©.

Dans Yoga, nouvel esprit du capitalisme, Zineb Fahsi revient sur les aspirations Ă  l’émancipation individuelle qui traversent la contre-culture des annĂ©es 1960, ainsi que sur le dĂ©veloppement de pratiques visant Ă  explorer et Ă  libĂ©rer un soi considĂ©rĂ© comme authentique.Âč Dans un autre chapitre, elle s’appuie sur les travaux de Fred Turner pour montrer comment certaines aspirations de la contre-culture ont pu ĂȘtre rĂ©investies dans la cyberculture, puis intĂ©grĂ©es Ă  de nouveaux systĂšmes Ă©conomiques et technologiques.ÂČ Ces rĂ©flexions permettent d’interroger les contradictions d’un imaginaire du bien-ĂȘtre qui associe la recherche d’épanouissement personnel Ă  des objets, des pratiques et des expĂ©riences accessibles par la consommation.

L’alter ego ne se construit pas uniquement Ă  travers un rĂ©cit ou une apparence physique. Il prend Ă©galement forme dans son environnement, Ă  travers les Ă©lĂ©ments visuels et sonores qui l’accompagnent. Les costumes, les objets, les couleurs, les bruitages, les effets spĂ©ciaux, la musique ou encore le montage composent un univers cohĂ©rent dans lequel Cynthia semble entiĂšrement immergĂ©e. C’est aussi ce qui me fait penser Ă  une Ɠuvre totale.

Tout semble appartenir au mĂȘme monde.

Lorsque le cadre s’élargit, Cynthia est installĂ©e dans un intĂ©rieur saturĂ© d’objets : une chaise en osier aux rebords roses, l’étagĂšre Ă  bibelots, une boule Ă  Ă©lectricitĂ© statique dĂ©corĂ©e de loups, plusieurs formes turquoise en diamant ou encore un panneau portant l’inscription « Towels ». Ce dernier, habituellement associĂ© Ă  un espace comme la salle de bain, est ici accrochĂ© dans le salon. Son emplacement dĂ©calĂ© attire l’attention sur la composition de cet intĂ©rieur. Les objets semblent choisis et disposĂ©s pour leur prĂ©sence visuelle, sans que leur fonction ou leur place habituelle ne paraisse dĂ©terminante.

Le panneau « Towels » peut Ă©galement ĂȘtre lu comme le signe d’un rapport aux objets qui dĂ©passe leur usage. Son appropriation, dans un espace auquel il ne semble pas destinĂ©, suggĂšre que leur valeur tient aussi Ă  ce qu’ils reprĂ©sentent pour Cynthia ou Ă  la place qu’ils prennent dans son environnement. L’accumulation fait alors apparaĂźtre une tension entre l’attachement intime aux objets et leur dimension marchande. Cette lecture rejoint les rĂ©flexions de Fahsi sur la maniĂšre dont la recherche d’épanouissement personnel peut ĂȘtre intĂ©grĂ©e Ă  des logiques Ă©conomiques.

Shana Multon dĂ©nonce aussi notre systĂšme capitaliste, qui nous crĂ©e des besoins. OĂč le sentiment de satisfaction vient par l'acquisition et l’accumulation. L’artiste le dĂ©nonce mais avoue tout de mĂȘme en ĂȘtre victime au travers de son alter ego Cynthia.

Cette continuitĂ© se retrouve lorsque Cynthia quitte sa chambre pour entrer dans une forĂȘt peuplĂ©e de diamants et de signes mystĂ©rieux. Les formes de diamant, dĂ©jĂ  prĂ©sentes sur le mur de son intĂ©rieur, rĂ©apparaissent devant la vĂ©gĂ©tation. Le changement de dĂ©cor ne rompt donc pas avec l’univers visuel Ă©tabli au dĂ©but de l’épisode. Les mĂȘmes motifs et objets circulent et la suivent d’un espace Ă  l’autre.

Leur incrustation visible sur l’image filmĂ©e conserve un aspect artificiel, laissant percevoir le dĂ©calage entre les formes graphiques et le paysage. Les effets spĂ©ciaux prolongent ainsi les codes visuels du dĂ©cor domestique jusque dans l’espace onirique.

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Dear diary, aujourd’hui j’aurais aimĂ© discuter de tout cela avec elle.

Dans l’épisode 3, Cynthia ouvre son journal et commence Ă  Ă©crire : « Dear Diary
 ». La voix que le spectateur entend n’est pas celle d’un dialogue mais celle de sa pensĂ©e. Elle raconte la disparition de son chat, s’interrompt, observe autour d’elle, puis dĂ©cide de parler d’un panneau dĂ©coratif qu’elle vient d’acheter. Elle en apprĂ©cie la texture mais avoue ne pas comprendre ce qui y est inscrit.

L’évĂ©nement est dĂ©risoire, presque insignifiant.

Pourtant, il devient matiÚre à récit.

Cette maniĂšre d’écrire est rĂ©vĂ©latrice. Cynthia ne documente pas seulement sa journĂ©e ; elle cherche continuellement Ă  lui donner une forme narrative. Son regard transforme les objets du quotidien en signes, les coĂŻncidences en prĂ©sages, les dĂ©tails en expĂ©riences sensibles.

Chez Shana Moulton, cette mise en rĂ©cit dĂ©borde rapidement sur le fantastique. Les pensĂ©es de Cynthia contaminent le monde qui l’entoure. Le rĂȘve surgit sans rupture, les objets semblent dotĂ©s d’une vie propre, les symboles envahissent l’espace domestique.

The world becomes an extension of the emotional state.

L’intĂ©rioritĂ© du personnage cesse alors d’ĂȘtre invisible. Elle se matĂ©rialise dans les images elles-mĂȘmes.

Relax & breathe deeply

Cynthia s’attache au matĂ©riel et lui attribue un pouvoir particulier. Les objets peuvent la transformer, la protĂ©ger, la guider ou simplement lui donner l’impression de combler quelque chose.

Cette croyance ne relĂšve pourtant jamais du merveilleux au sens traditionnel. Elle s’inscrit dans un imaginaire profondĂ©ment contemporain, nourri par les discours du dĂ©veloppement personnel, les pratiques new age et une industrie du bien-ĂȘtre qui promet l’épanouissement Ă  travers des objets, des rituels ou des expĂ©riences de consommation.

Dans Le bien-ĂȘtre par la poĂ©sie, David Christoffel et MaĂ«l Guesdon parlent d’un « dĂ©veloppement personnel Ă©largi Ă  l’absurde » et d’un psychisme qui chercherait continuellement Ă  prolonger son optimisation. Ils dĂ©crivent aussi ce paradoxe d’un soi qui doit sans cesse se transformer pour finalement espĂ©rer se retrouver lui-mĂȘme.

Cynthia est exactement dans cette boucle.

Elle cherche Ă  aller mieux. Elle cherche le bon objet, le bon rituel, la bonne pratique. Elle tente de rĂ©parer quelque chose en elle en agissant constamment sur ce qui l’entoure.

Et c’est peut-ĂȘtre lĂ  que le personnage devient particuliĂšrement touchant.

Tout n’est pas seulement absurde. Cynthia y croit.