What happens when a woman goes online? She becomes a girl.
C'est par cette phrase que Joanna Walsh ouvre Girl Online: A User Manual. Une phrase qui semble particuliĂšrement juste pour entrer dans le travail d'Amalia Ulman. Ses Ćuvres consistent Ă performer parfaitement certaines figures reconnaissables du web, ou Ă en dĂ©placer les codes. Des images, des signes, des gestes inscrits dans un langage d'Internet, largement partagĂ©s.
Cette figure de la jeune fille peut aussi ĂȘtre rapprochĂ©e de la rĂ©flexion de Lisa Robertson dans La Fractale Baudelaire. Ă travers la narratrice de son livre, Robertson interroge la maniĂšre dont la « jeune fille » se construit au croisement des reprĂ©sentations culturelles, des attentes sociales et des regards qui se posent sur elle. Elle devient une figure façonnĂ©e par des imaginaires collectifs, mais aussi un espace depuis lequel il est possible dâexpĂ©rimenter dâautres formes de subjectivitĂ©. Cette rĂ©flexion permet dâaborder les personnages dâAmalia Ulman comme des figures reconnaissables, construites Ă partir de codes dĂ©jĂ prĂ©sents dans la culture visuelle et numĂ©rique.
En 2014, lorsqu'elle réalise Excellences & Perfections, Instagram n'a pas encore la forme qu'on lui connaßt aujourd'hui. La plateforme existe depuis quelques années seulement. Les figures de l'influence lifestyle, de la content creator ou de la girl online ne sont pas encore complÚtement stabilisées. On y partage des repas, des chambres, des citations, des selfies, des fragments de quotidien. Une esthétique du journal visuel s'y installe progressivement.
Like a princess
Look like Barbie
Smoke like Marley
Party like Ke$ha
C'est dans ce contexte qu'Amalia Ulman dĂ©cide d'utiliser son propre compte Instagram comme espace de performance. Pendant plusieurs mois, elle y construit un personnage Ă travers ce qui semble ĂȘtre des fragments autobiographiques. Une prĂ©sence fĂ©minine qui se raconte Ă travers une esthĂ©tique de l'intime, et une mise en scĂšne de soi qui oscille entre sincĂ©ritĂ©, fiction et performance.
L'Ćuvre se dĂ©ploie directement dans le flux de la plateforme, sans signal explicite de fiction. Les images circulent comme n'importe quelle autre publication. C'est prĂ©cisĂ©ment lĂ que rĂ©side la radicalitĂ© du projet : Excellences & Perfections ne reprĂ©sente pas Instagram, elle se produit Ă l'intĂ©rieur mĂȘme de ses mĂ©canismes.
La pratique d'Amalia Ulman autour la performance de soi en ligne, m'intĂ©resse. Lâexemple dâAmalia Ulman mâaidera Ă expliquer lâimportance de ces pratiques en 2026.
Start each day with a grateful heart
& showing off ur money $$$
De fil en aiguille, elle construit sa narration. Elle devient une jeune fille quittant Los Angeles pour New York.
Elle cherche à se réinventer,
Elle adopte certains signes de réussite sociale,
Elle laisse entrevoir une transformation physique,
Elle traverse une forme de chute émotionnelle,
Puis une reconstruction.
Cette succession de publications compose progressivement une histoire. Dans son article NarrativitĂ©, narration, narratologie, Johann Michel revient sur la notion dâidentitĂ© narrative chez Paul RicĆur. Le rĂ©cit participe Ă la construction de lâidentitĂ© en donnant une forme intelligible Ă la diversitĂ© des expĂ©riences et aux changements qui traversent un individu.
Cette idĂ©e permet dâinterroger la maniĂšre dont Amalia Ulman met en scĂšne une identitĂ© sur Instagram. Les transformations du personnage prennent sens au fil des publications, qui donnent une cohĂ©rence Ă son parcours tout en laissant certains Ă©lĂ©ments dans le flou. Les images, les lĂ©gendes et les signes de son quotidien deviennent les Ă©lĂ©ments dâune histoire que les abonnĂ©s doivent eux-mĂȘmes reconstituer.
La narration se prolonge ainsi dans leur interprĂ©tation : ils relient les indices, anticipent la suite et attribuent une signification aux changements du personnage. Son identitĂ© se construit alors dans cet Ă©change entre les Ă©lĂ©ments publiĂ©s par Ulman et les rĂ©cits que les abonnĂ©s Ă©laborent Ă partir dâeux.
Le personnage qu'elle a créé, suit des figures dĂ©jĂ familiĂšres. L'image de la fĂ©minitĂ© douce, vulnĂ©rable, sĂ©duisante. Une femme qui se raconte a travers son corps, ses Ă©motions, ses victoires personnelles. Elle performe la figure de la jeune fille de Lisa Robertson mentionnĂ©e plutĂŽt ou dâune forme de fĂ©minitĂ© construite Ă partir de signes reconnaissables.On parle dâune fĂ©minitĂ© composĂ©e de reprĂ©sentations culturelles et de fantasmes qui lui prĂ©existent.
Le maquillage,
La sexualisation,
Les vĂȘtements,
Le glamour,
Lâenjeu se situe dans cette possibilitĂ© de composer avec les codes de la fĂ©minitĂ© tout en gardant la possibilitĂ© de les dĂ©placer. Dans Devenir chienne, Itziar Ziga sâintĂ©resse Ă cette fĂ©minitĂ© et elle propose de la rĂ©investir. Une fĂ©minitĂ© trĂšs visible, voire spectaculaire, peut aussi produire de lâagentivitĂ©. Ce qui semble superficiel ou docile peut devenir une maniĂšre de se rendre visible, de provoquer et de dĂ©stabiliser les attentes qui lui sont associĂ©es.
Cette construction rejoint ce que Joanna Walsh observe dans Girl Online autour des formes de rĂ©cit personnel sur Internet. La premiĂšre personne devient une matiĂšre qui circule, se transforme et se rejoue. Raconter sa vie en ligne implique aussi de choisir ce qui sera montrĂ©, de donner une continuitĂ© Ă des fragments et de construire une prĂ©sence reconnaissable. Chez Ulman, cette logique devient le matĂ©riau mĂȘme de la performance.
Un exemple précis permet d'observer plus clairement la maniÚre dont Amalia construit cette performance de l'intime.
Jusqu'au début du mois d'août 2014, le personnage poste des autoportraits doux, intérieurs lumineux, signes de féminité maßtrisée, fragments de quotidien qui participent à l'image d'une présence désirable, sensible, relativement stable.
Puis, à partir du 6 août 2014, quelque chose se fissure. L'esthétique du compte change brusquement. Les images deviennent plus sombres, plus granuleuses, parfois presque monochromes. Les cadrages se resserrent. Les visages apparaissent plus fatigués, les regards absents, les corps davantage fragmentés.
Plusieurs publications montrent Amalia allongĂ©e, photographiĂ©e de trĂšs prĂšs, dans des cadrages instables qui Ă©voquent moins le selfie maĂźtrise que la trace d'un moment de dĂ©sĂ©quilibre. Dans certaines images, son maquillage semble dĂ©fait, des photos en sous vĂȘtement apparaissent. Une autre publication la montre tenant une arme contre son visage. L'image, fortement stylisĂ©e, reste ambiguĂ« : impossible de savoir si elle relĂšve de la provocation, de la mise en scĂšne dramatique. Cette ambiguĂŻtĂ© fait prĂ©cisĂ©ment partie de la performance.
Deux courtes vidéos la montrent en pleurs. L'image y est sombre, compressée, de mauvaise qualité. Son visage apparaßt en trÚs gros plan, partiellement mangé par l'ombre. Le cadrage maladroit, la faible résolution, la frontalité presque brutale de l'image évoquent les formes les plus intimes du web amateur : vidéos personnelles, moments d'effondrement captures directement depuis une webcam ou un téléphone. La vulnérabilité n'est plus seulement racontée, elle est performée visuellement.
Ce moment agit comme une rupture narrative. La figure fĂ©minine jusque-lĂ relativement maĂźtrisĂ©e semble craquer. Comme si la "perfect girl" construite depuis le dĂ©but de la performance rĂ©vĂ©lait soudain une faille. Mais cette faiblesse elle-mĂȘme reste profondĂ©ment codĂ©e. Elle appartient Ă un imaginaire trĂšs reconnaissable de la chute fĂ©minine : instabilitĂ© Ă©motionnelle, dĂ©rive, perte de contrĂŽle, crise visible.
Le 14 aoĂ»t, un nouveau post vient rĂ©organiser cette sĂ©quence. Une image plus calme apparaĂźt : un cĆur dessinĂ© sur une surface rĂ©flĂ©chissante, presque comme un geste adolescent ou un signe de rĂ©conciliation. Le texte qui accompagne l'image prend la forme d'un message d'excuse adressĂ© Ă sa communautĂ©. Amalia y explique avoir traversĂ© une pĂ©riode sombre, remercie ses proches de l'avoir "sauvĂ©e", ainsi que ses "internet friends" pour leurs messages de soutien.
Ce post est particuliĂšrement intĂ©ressant car il montre Ă quel point la performance repose aussi sur une relation au public. La crise ne reste pas un Ă©vĂ©nement purement individuel. Elle devient un Ă©pisode narratif partagĂ©, auquel la communautĂ© semble avoir activement pris part. Le personnage ne se construit donc pas uniquement Ă travers les images qu'il produit, mais aussi Ă travers les formes d'attention, d'inquiĂ©tude et d'attachement qu'il suscite. MĂȘme le moment de faiblesse devient un langage relationnel.
Ce post est particuliĂšrement intĂ©ressant car il montre Ă quel point la performance repose sur une relation au public. La crise ne reste pas un Ă©vĂ©nement purement individuel. Elle devient un Ă©pisode narratif partagĂ©, auquel la communautĂ© semble avoir activement pris part. Dans The Accidental Audience, Brad Troemel interroge justement les formes de rĂ©ception propres aux rĂ©seaux sociaux, oĂč le public peut devenir Ă la fois spectateur et relais des contenus quâil regarde.
Dans le cas dâAmalia Ulman, lâabonnĂ© occupe une position ambiguĂ«. Il suit lâĂ©volution du personnage, sâattache Ă son histoire, sâinquiĂšte pour elle et attend la suite de ses publications. Cette proximitĂ© affective sâinscrit aussi dans un comportement de consommation, rythmĂ© par la succession des images et le dĂ©sir de connaĂźtre le prochain Ă©pisode.
Le personnage ne se construit donc pas uniquement Ă travers les images quâil produit, mais aussi Ă travers lâattention, lâattachement et les attentes quâil suscite. MĂȘme le moment de faiblesse devient un langage relationnel, qui transforme la vulnĂ©rabilitĂ© en contenu Ă regarder, Ă interprĂ©ter et Ă suivre.
Joanna Walsh rappelle que les femmes sont particuliĂšrement associĂ©es Ă certains registres d'expression en ligne : la confession, le journal, le rĂ©cit Ă©motionnel, l'expĂ©rience personnelle mise en partage. Ce qui relevait autrefois du journal intime privĂ© devient progressivement, avec Internet, une forme publique de circulation. Le personnel n'est plus simplement racontĂ©. Il devient visible, interprĂ©table, parfois mĂȘme attendu.
Joanna Walsh interroge les formes dâexpression en ligne associĂ©es Ă la fĂ©minitĂ©, notamment la confession, le journal intime et le partage dâexpĂ©riences personnelles. Si ces pratiques ne sont pas propres aux femmes, elles sâinscrivent dans des reprĂ©sentations culturelles qui les encouragent Ă rendre leur vie intime visible et partageable. Avec Internet, lâintime devient ainsi un matĂ©riau public, interprĂ©table et susceptible de nourrir une forme de marchĂ© de lâattention. Excellences & Perfections rend cette logique particuliĂšrement perceptible en transformant lâexpĂ©rience personnelle en matĂ©riau narratif.
Les personnes qui suivent Amalia Ulman ne regardent pas une Ćuvre identifiĂ©e comme telle. Elles observent ce qu'elles pensent ĂȘtre une vie rĂ©elle. Une succession de publications interprĂ©tĂ©es comme des preuves, des fragments autobiographiques, des signes d'une transformation en cours.
Le personnage n'existe donc pas uniquement Ă travers ce que Amalia publie, mais aussi Ă travers ce que le public projette entre les images. Instagram devient un espace ou le rĂ©cit se construit collectivement. On commente, on s'inquiĂšte, on encourage, on juge. Le regard ne se contente pas d'observer. Il participe Ă la fabrication mĂȘme de la fiction.
Straight killin it, Love!
Xoxoxo
bizarrely dreamt that you fell through a glass bottomed jacuzzi in the alps last night so beware of jacuzzis, okay?
Le personnage créé dans Excellences & PerfectionsExcellences & Perfections performe assez bien pour créer des attachements, des interactions, des émotions, ... Amalia crée une communauté autour de son personna en ligne.
You are cute gal
no please stay here in istanbul, istanbul is prettier when you are here
En ligne comme nous l'explique Walsh, la visibilitĂ© des femmes en ligne reste sous certaines conditions. Elles doivent apparaĂźtre mais sous certaines modalitĂ©s. Il faut pour cela ĂȘtre dĂ©sirable, Ă©motive, lisible et accessible. La performance de l'artiste peut aussi ĂȘtre vue sous ce prisme, celui du male gaze car en adoptant simplement ces codes, elle se retrouve suivie par des milliers de personnes.
Si le travail d'Amalia Ulman reste particuliĂšrement important en 2026, ce n'est pas uniquement parce qu'il apparaĂźt comme pionnier d'une pratique devenue commune. Son intĂ©rĂȘt rĂ©side aussi dans la maniĂšre dont il permet de relire des formes qui ont profondĂ©ment Ă©voluĂ©.
Joanna Walsh dĂ©crit Internet comme un espace oĂč le rĂ©cit Ă la premiĂšre personne devient une matiĂšre de circulation permanente. Le personnel n'y est plus simplement racontĂ© : il devient contenu, rythme de publication, prĂ©sence maintenue dans le temps. Ce qu'elle nomme le First Person industrial Complex Ă©claire particuliĂšrement bien ce dĂ©placement. Exister en ligne implique souvent de produire une version de soi suffisamment cohĂ©rente pour continuer Ă circuler, ĂȘtre suivie, reconnue.
La question du regard intervient alors avant mĂȘme lâimage. Dans sa rĂ©flexion sur le male gaze, Laura Mulvey montre comment les images peuvent organiser la position de celui ou celle qui regarde. Son travail plus rĂ©cent permet Ă©galement de penser un spectateur qui observe sa propre position face aux images, un passage du spectateur possessif au spectateur pensif. Cette idĂ©e me semble particuliĂšrement intĂ©ressante dans le travail dâAmalia Ulman : le spectateur ne regarde pas seulement un personnage fĂ©minin, il participe Ă la construction de ce personnage en interprĂ©tant les signes quâil rencontre.
Le male gaze peut ainsi ĂȘtre pensĂ© au-delĂ de la seule reprĂ©sentation du corps fĂ©minin. Ce qui est en jeu chez Ulman, ce sont aussi les codes qui rendent certaines formes de fĂ©minitĂ© immĂ©diatement lisibles, dĂ©sirables ou crĂ©dibles. Le personnage active des attentes dĂ©jĂ prĂ©sentes : une certaine vulnĂ©rabilitĂ©, des rĂ©cits de transformation, une esthĂ©tique de la rĂ©ussite, une fĂ©minitĂ© construite Ă partir de signes reconnaissables. La mise en scĂšne agit donc autant sur ce qui est montrĂ© que sur la maniĂšre dont nous sommes amenĂ©s Ă le regarder.
Câest peut-ĂȘtre lĂ que lâĆuvre devient particuliĂšrement troublante. Lorsque la performance est rĂ©vĂ©lĂ©e, ce nâest pas seulement la sincĂ©ritĂ© dâAmalia Ulman qui est remise en question, mais notre maniĂšre de lire les prĂ©sences en ligne. Pourquoi avons-nous cru Ă ce rĂ©cit ? Quels signes avons-nous immĂ©diatement reconnus ? Quelles formes de fĂ©minitĂ© nous semblaient suffisamment familiĂšres pour devenir crĂ©dibles ? LâĆuvre nous oblige Ă revenir sur notre propre regard.
Lorsque Amalia Ulman rĂ©alise Excellences & Perfections, ces formes sont encore en train de se stabiliser. En 2014, Instagram conserve quelque chose du journal visuel, du partage plus flottant du quotidien, dâune certaine spontanĂ©itĂ©. Aujourdâhui, les figures fĂ©minines que je croise sur les rĂ©seaux semblent souvent dans une autre posture. Elles travaillent. Elles sâadressent Ă un public. Elles vendent quelque chose, parfois un produit, parfois une image dâelles-mĂȘmes, ces Ă©lĂ©ments ont tendance Ă se confondre. Le partage de lâintime existe toujours, mais il semble pris dans dâautres logiques, plus professionnalisĂ©es, plus conscientes dâelles-mĂȘmes.
Les moments de vie deviennent des contenus, les habitudes un rendez-vous, les Ă©motions des Ă©lĂ©ments dâun rĂ©cit qui doit retenir lâattention. Cette Ă©volution rend plus visible le travail qui se cache derriĂšre la prĂ©sence en ligne : il faut entretenir une image, maintenir une relation avec son public, renouveler ce qui est donnĂ© Ă voir.
Ă travers Excellences & Perfections, Amalia Ulman semble dĂ©jĂ jouer avec ces mĂ©canismes, en construisant un personnage dont lâexistence dĂ©pend de la rĂ©gularitĂ© des publications et de lâattention quâelles suscitent. Son projet permet ainsi de regarder autrement les figures qui peuplent aujourdâhui les rĂ©seaux : derriĂšre lâimpression dâun accĂšs direct Ă leur quotidien, il y a une mise en scĂšne, des choix et un rĂ©cit en train de se fabriquer.
2026 is the new 2016.
DĂšs dĂ©cembre 2025, cette formule nostalgique circule. Un fantasme sur Internet perçu comme plus spontanĂ©, plus sincĂšre, peut-ĂȘtre plus Ă©trange aussi.
Il est vrai cependant que les tutoriels maquillage étaient plus colorés, les formes de présence moins immédiatement liées à des logiques promotionnelles.
Les figures de l'influence existaient déjà , mais leur professionnalisation n'avait pas encore complÚtement absorbé les usages.
Certaines personnalitĂ©s trĂšs connues commençaient Ă ĂȘtre payĂ©s mais en fonction de leur vus, recevait des gifting de certaines marques mais câĂ©tait beaucoup plus controversĂ© et rare quâaujourd'hui. La publication de contenu en ligne nâĂ©tait pas encore considĂ©rĂ© comme un mĂ©tier, le terme âcrĂ©ateur de contenuâ nâexistait pas.
C'est prĂ©cisĂ©ment pour cela que le travail d'Amalia Ulman reste encore important. Non comme trace d'un Internet disparu, mais comme point d'observation d'un moment de bascule. Et peut-ĂȘtre aussi comme rappel que ces formes ordinaires du web peuvent encore ĂȘtre rejouĂ©es autrement. La girl persona en ligne ne constitue pas uniquement un outil de visibilitĂ©. Il peut aussi devenir un espace d'expĂ©rimentation, de projection, de protection ou de dĂ©nonciation. Pour certaines presences, notamment queer, travailler a travers un personnage permet encore d'introduire d'autres recits dans des formats immediatement reconnaissables.
Le cas de Sotce permet justement de prolonger cette réflexion. Sa présence en ligne repose elle aussi sur un personnage identifiable, une esthétique cohérente, une proximité construite avec son public, un récit intime mis en circulation. En ce sens, elle peut apparaßtre comme une forme d'évolution contemporaine de ce que Amalia Ulman performait déjà réalisé dans Excellences & Perfections. Amalia investit ces codes comme matériau artistique et critique, Sotce semble les habiter comme une pratique durable, structurée autour d'une communauté, de contenus réguliers, d'abonnements et d'une économie de la présence.
Cette recherche se devait d'interroger le travail d'Amalia Ulman, une référence dans le sujet.
â
femme
â
intime
â
internet
â
communauté
â
persona